Abbaye Sainte-Madeleine du Barroux

Abbaye Sainte-Madeleine du Barroux

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 Le Père Cyrille est un moine du monastère du Barroux en Provence. Ces bénédictins cloîtrés, dans ce village de montagne isolé de 615 âmes, se sont développés si rapidement ces dernières décennies qu'ils ont dépassé la capacité de leurs bâtiments (pourtant construits récemment) – et les jeunes vocations continuent d'affluer. Dans cet entretien révélateur, le Père Cyrille nous fait voyager dans l'histoire de sa vocation et dans la vie des quelques 60 moines de cet extraordinaire monastère, l’abbaye Sainte-Madeleine.

Qu'est-ce qui vous a attiré à la vie cloîtrée ?
J'ai été attiré à la vie cloîtrée par le désir d'une vraie vie intérieure vécue comme une amitié avec le Christ présent dans l'Eucharistie, ce “Christ, vie de l'âme”, dont le bienheureux Columba Marmion m'avait donné le goût. Il y avait aussi la perspective de la vie trinitaire présente dans mon âme pour m'apprendre peu à peu “à m'oublier entièrement”, selon le mot de la bienheureuse Elisabeth de la Trinité. En outre m'attirait la vie fraternelle découverte dans des pique-niques avec des frères, qui se révélaient merveilleusement serviables et charitables. Je n'ai pas été déçu ensuite.

 

Qu'est-ce qui vous a attiré spécifiquement au Barroux ?
Plus encore que la personnalité si attachante de dom Gérard, c'est la perspective d'une liturgie latine traditionnelle vécue dans un cadre d'une beauté à couper le souffle et le coude à coude d'une communauté enthousiaste.

 

Quand vous êtes-vous senti appelé à devenir un moine ?
Dès que je suis venu au monastère pour la première fois, j'ai compris que c'était là que Dieu me voulait. La question ne se posait même plus ensuite. Cela a été très soudain, même si je me sentais appelé à me donner à Dieu depuis mon plus jeune âge, sans trop savoir comment ni où.

 

Avant de rejoindre le monastère , vous considériez-vous comme un « traditionaliste », c'est-à-dire que vous avez assistiez principalement à la forme extraordinaire de la Messe ? Pourquoi ? ( c'est à dire , j'ai grandi en assistant à cette forme , je voulais plus de connexion avec le passé , etc )
Oui, je me considérais comme un “traditionaliste” avant de venir et c'est pourquoi je ne suis pas entré dans d'autres monastères que j'avais visités avant Le Barroux. Je ne m'y sentais pas chez moi. Le “traditionalisme” a été un choix que nous avons fait en famille quand j'avais 12 ans. Nous étions alors encore 7 enfants à la maison et nous avons entraîné nos parents à la tradition plutôt que l'inverse : la liturgie traditionnelle nous fascinait par son caractère ritualisé et sacré. Pour ma part, j'aimais, par exemple, l'odeur de l'encens, les détails du service de messe, les chants latins, etc. La messe en français nous ennuyait et les “trouvailles liturgiques” désastreuses de notre curé nous révoltaient. Pouvait-on croire à la présence réelle et se comporter avec tant de sans-gêne vis-à-vis de l'eucharistie ? En revanche il y a parmi nous aujourd'hui plusieurs moines qui ne connaissaient pas un mot de latin et n'avaient jamais assisté à la “forme extraordinaire” ; ils l'ont découverte en séjournant à l'abbaye et ont été conquis.

 

Au sujet de votre monastère, qu'est-ce que c'est qui le distingue des autres couvents ?
Il y a certes la forme traditionnelle de la liturgie et des usages monastiques, mais plusieurs autres monastères les pratiquent comme nous ; il y a aussi et surtout certaines caractéristiques propres de notre histoire. Une tradition monastique qui nous rattache à la re-fondation de la vie monastique par le Père Muard en 1850 à la Pierre-qui-Vire, puis au Dom Romain Banquet à En-Calcat, puis à Dom Gérard Calvet, moine de cette famille monastique qui a fondé notre communauté tout seul à Bédoin en 1970. De cette “aventure monastique” nous demeure un caractère de famille monastique contemplative, mais avec un certain apostolat extérieur et un esprit jeune et entreprenant, qui n'est d'ailleurs pas entièrement sans danger pour des moines.

Nous sommes 53 moines, plus 16 en fondation. (Donc en fait 53 au Barroux et 16 dans un nouveau monastère que nous avons fondé récemment entre Toulouse et Bordeaux.

 

Pourquoi croyez-vous que vous avez tant de vocations là où d'autres couvents et ordres sont en voie de disparition ?
Ce n'est sûrement pas parce que nous sommes meilleurs que les autres. Le fait que notre communauté est jeune par son âge moyen et par son état d'esprit traditionnel joue certainement. “La tradition, c'est la jeunesse de l'Église”, aimait à dire Dom Gérard. Il y a aussi une dynamique acquise : les novices attirent les novices. Mais au delà de toutes ces causes apparentes, il faut avant tout laisser la place au mystère de l'Esprit Saint, qui “souffle où il veut”.

 

Quelle est la chose essentielle que vous voulez que les lecteurs sachent de vous ? A propos de l'ordre / couvent ?
Je laisse la parole à Dom Gérard, notre fondateur, qui a parfaitement su résumer notre finalité essentielle : “Quand on découvre par l’histoire les milliers de monastères qui couvraient le monde chrétien comme d’un « blanc manteau », on ne peut s’empêcher de se poser une question : qu’est-ce qui a pu motiver des millions de jeunes, souvent brillants et plein d’avenir, à quitter le monde pour s’enterrer dans une vie de moine pauvre et cachée? Saint Benoît en donne la raison dans sa Règle : c’est la soif. La soif de n’être rien pour que Dieu soit tout, la lassitude de ce qui n’est pas éternel, le désir d’un face à face avec Dieu. La Règle ne demande en effet qu’une seule chose au jeune homme qui veut être moine « qu’il cherche vraiment Dieu » (Chapitre 58). Les moines ont fait la chrétienté, mais ils ne l’ont pas fait exprès. Avant d’être des académies de science et des carrefours de la civilisation, les monastères ont été des doigts silencieux dressés vers le ciel, le rappel obstiné et intraitable, qu’il existe un autre monde de vérité et de beauté, dont celui-ci est l’annonce et qu’il préfigure”.  Si, à notre tour, nous avons réalisé cet idéal, alors nous avons réussi notre vie.

Abbaye Sainte-Madeleine
1201 chemin des Rabassières
84330 Le Barroux
FRANCE

 

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