Comment la peste noire et les meilleurs vins ont créé l’Hôtel-Dieu en Bourgogne

Comment la peste noire et les meilleurs vins ont créé l’Hôtel-Dieu en Bourgogne

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Un hospice médiéval catholique consacré aux malades pauvres

Harry Stevens

« Moi, Nicolas Rolin (…), désirant par un heureux commerce échanger contre les biens célestes, les biens temporels que je dois à la divine bonté, et de périssables les rendre éternels ; en reconnaissance des biens dont le Seigneur, source de toutes bontés, m’a comblé ; dès maintenant et pour toujours je fonde et dote irrévocablement dans la ville de Beaune, diocèse d’Autun, un hôpital pour les pauvres malades, avec une chapelle en l’honneur du Dieu Tout-Puissant et de sa Glorieuse Mère, Marie toujours Vierge, en vénération et sous le vocable du bienheureux Antoine, abbé. »

Au lendemain de la guerre de Cent Ans, la France était dévastée. Les Français, en particulier les pauvres, étaient à la merci des soldats maraudeurs enclins à détruire et piller les campagnes. Bien que le traité d’Arras en 1435 ait, en substance, mis un terme à la guerre de Cent Ans, les pauvres de Bourgogne étaient encore vulnérables, soumis aux rapines, leur misère accentuée par les attaques épisodiques de peste noire.

La Maison de Dieu en Bourgogne

Nicolas Rolin et sa troisième épouse, Guigone de Salins, arrivèrent dans ce paysage désolé. Sept ans après la fin de la guerre, ils firent bâtir l’Hôtel-Dieu (la « Maison de Dieu »), un hôpital consacré aux soins et à la protection des pauvres et des indigents, des malades et des mourants, à Beaune, en plein cœur des vignobles de Bourgogne.

Nicolas Rolin était un homme politique, le chancelier de Philippe Le Bon (le tristement célèbre duc de Bourgogne qui fit remettre la bien-aimée Jeanne d’Arc, héroïne de France, aux Anglais ; ces derniers la torturèrent et la firent brûler vive).

L’Hôtel-Dieu, comme tous les legs charitables de Nicolas Rolin, était une œuvre ostentatoire mais également le fruit d’une piété authentique. Dans la charte de fondation, Rolin spécifiait que l’Hôtel-Dieu avait été créé afin d’échanger les biens terrestres contre des biens célestes, « (…) de périssables les rendre éternels. »

L’hôpital était placé sous la bienveillance pontificale. Le pape Eugène IV donna sa bénédiction et l’hospice fut consacré le 31 décembre 1452. L’année suivante, le pape Nicolas V assura à l’Hôtel-Dieu une totale indépendance de l’archevêque local, mettant l’hospice sous la juridiction du Saint-Siège. Le pape Calixte III distribua des indulgences aux visiteurs durant les cinq fêtes mariales et l’octave de Pâques. Le pape Pie II confirma ces indulgences.

 

Les sœurs hospitalières de Beaune

Un ordre religieux attaché à l’hospice fut créé : les sœurs hospitalières de Beaune. (Plus tard, on ne demanda plus aux employées d’en être membres).

Les sœurs de l’hospice étaient traitées avec respect et des statuts furent rédigés pour les protéger. Elles devaient avoir entre 18 et 30 ans, ne pas être mariées et avoir bonne réputation. Elles devaient rester chastes tout le temps de leur travail à l’hospice mais étaient libres de le quitter pour rejoindre un monastère ou pour se marier si elles le souhaitaient.

Les règles stipulaient que les sœurs devaient être traitées correctement par la supérieure,  avec douceur, retenue et circonspection, sans dénigrement, discours négatif ou jalousie. La règle établissait le nombre de fois où elles devaient se confesser, recevoir la communion et prier pour les âmes de Guigone et Nicolas, les fondateurs.

L’existence était confortable pour ces sœurs et pour tous ceux qui, durant 500 ans, prirent soin des pensionnaires. L’Hôtel-Dieu s’occupa des malades jusque dans les années 70.

Un refuge sûr

Il fournissait aux pauvres et aux plus démunis un abri sûr dans un monde souvent violent. Les maladies endémiques comme la peste noire, la variole et la typhoïde arrivaient par épidémies. Elles frappaient durement les plus jeunes, les plus âgés et ceux dont la résistance était fragilisée par une mauvaise alimentation, des travaux difficiles et les ravages des autres maladies.

L’Hôtel-Dieu aida beaucoup la population : il servit de refuge aux blessés, donna du travail aux femmes et aux veuves et offrit à tous des offices catholiques pendant 500 ans.

« Et le Roi leur fera cette réponse : « En vérité je vous le dis, dans la mesure où vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait. » (Matthieu 25 :40).

VUE SUPERBE DE LA COUR : Le toit de l’Hôtel-Dieu est couvert de tuiles émaillées de couleurs vives : brun, jaune, rouge et vert.

PEUT-ÊTRE LE MEILLEUR EXEMPLE D’ARCHITECTURE GOTHIQUE EN FRANCE : Les bâtiments forment un rectangle autour d’une grande cour. Au milieu des années 1400, il fallut neuf ans pour l’achever et employer de nombreux artisans de la région et d’au-delà.

LA SALLE DES PAUVRES contient des lits aux rideaux de velours rouge pour davantage d’intimité. Ils sont positionnés en face de la chapelle de façon à ce que les malades puissent entendre la messe.

LA CUISINE MÉDIÉVALE DE L’HOSPICE : Les salles intérieures comprennent une chapelle gothique, une cuisine et une pharmacie ainsi qu’une infirmerie « Saint-Hugues ». On utilisait la salle Saint-Nicolas pour préparer les mourants à leur dernier voyage, vers la Maison du Père.

 

VUE D’UN LIT : Aujourd’hui, l’Hôtel-Dieu est un site touristique et un musée qui attire environ 400 000 visiteurs par an. Les gens viennent y découvrir les quelques 5 000 pièces de collection – ainsi que des lits, des coffres, des armoires, des tapisseries, des sculptures et des peintures du Moyen Âge.

UN POLYPTYQUE INESTIMABLE : Le Jugement dernier de Rogier Van der Weyden et les peintures murales du XVIIe siècle ornent la salle Saint-Hugues avec d’autres œuvres magnifiques.

LA BEAUTÉ DE LA BOURGOGNE : La première donation de vignes à l’Hôtel-Dieu date de 1457. Pendant des centaines d’années, les gens ont continué à léguer des vignobles dans l’espoir d’expier leurs péchés terrestres.

 

VINS RENOMMÉS : Aujourd’hui, le vin des caves de l’Hôtel-Dieu est renommé dans le milieu du vin. L’Hôtel-Dieu possède 60 hectares de vignobles qui permettent d’entretenir le domaine. Une vente aux enchères de charité est organisée une fois par an, le troisième dimanche de novembre.

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