Martin, le patron spécial du monde entier

Martin, le patron spécial du monde entier

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Sous l'Empire Romain tardif, Savaria (aujourd'hui Szombathely en Hongrie) était un petit village avant-poste isolé construit sous le règne de Claudius. Les légions romaines contrôlaient ce village situé sur la route de commerce majeure entre l'Italie et la Pannonie, habité par des “Pannonii”, des tribus indo-européennes.

Un des légionnaires de Savaria était un tribun militaire qui fut distingué ; il eut un fils en 316 ou 317 après J.-C. Le garçon fut nommé Martin, c'est-à-dire “petit Mars”, l'ancien Dieu de la guerre, une divinité particulièrement chère au cœur d'un soldat romain. Cette famille militaire païenne était probablement du culte de Mithras, comme beaucoup de soldats romains. Mais l'enfant Martin est né sous le règne de Constantin où pour la première fois les Chrétiens étaient tolérés.

Les familles militaires d'aujourd'hui déménagent beaucoup, et il n'en allait pas autrement à l'époque de Martin. Après sa naissance, la famille de Martin fut mutée à Ticinum (aujourd'hui Pavie en Italie), non loin de Milan. Martin passa ses plus jeunes années à Ticinum ; ses parents appartenaient à une institution privilégiée, l'armée.

Le père de Martin prit sa retraite, et reçut un terrain à Ticinum. La légende raconte que le jeune Martin disparut pendant trois jours, qu'il passa dans une église interdite à poser des questions. Il demanda même à être baptisé, ce qui ne se fit pas, bien que quelque chose chez ce garçon l'attirait certainement vers la Vérité Eternelle.

Les années militaires de Martin
En l'an 331, l'empereur Constantin publia un édit exigeant que tous les fils de vétérans s'enrôlent dans l'armée romaine. Le sort de Martin, à l'âge de 15 ans, était décidé.

Il fut recruté dans l'armé et envoyé à la prestigieuse scholae imperatoris, une unité d'élité qui protégeait l'Empereur. Cependant, son cœur était ailleurs ; Martin voulait être ermite dans le désert et mener une vie de prière. Au cours de l'hiver extrêmement froid de l'an 335, Martin avait 17 ans et stationnait à Amiens, en Gaule, où des récits nous disent que “beaucoup mouraient du froid intense”. Quand il rencontra un mendiant à moitié nu, Martin prit son épée, “coupa son manteau en deux et en donna la moitié au vieillard, et garda l'autre moitié”.

 

Cet acte fut considéré comme de la folie par ses camarades soldats, mais eut un effet électrisant à travers la Chrétienté. Martin ne pouvait pas imaginer l'importance que cette bonne action alllait avoir. Cet épisode est immortalisé dans tout le monde chrétien, dans des peintures et des statues, surtout en France et en Allemagne.

Cette nuit-là, dans son sommeil, Martin vit le Christ portant sa moitié de manteau. Ce fut une vision qui le hanta tous les jours de sa vie. Bien qu'il fût encore catéchumène, on dit qu'il fut baptisé peu de temps après cet événement.

Face à un empereur apostat.

Plus de 20 ans après, on retrouve Martin affrontant courageusement le nouvel Empereur, Julian l'Apostat. Avant une bataille à Worms, Martin dit au César : “J'ai été votre soldat jusqu'à maintenant, laissez-moi être celui de Dieu désormais. Qu'un autre ait la prime du combattant. Je suis le soldat du Christ ; je n'ai pas le droit de combattre.”

Julien fut saisi d'une rage impériale, et accusa Martin de lâcheté. En réponse, Martin offrit de s'avancer seul et sans arme contre l'ennemi au nom du Christ.

La réponse de Julien fut d'envoyer Martin en prison. Etonamment, le lendemain, les envahisseurs germaniques demandèrent la paix. Peu de temps après, Martin fut libéré et disculpé.

Les saintes années

Martin servit César pendant 25 ans ; à présent il cherchait son Maître. Il fut conduit à Hilaire de Poitiers, aujourd'hui saint Hilaire. Sous la direction d'Hilaire, Martin devint exorciste, puis diacre, puis prêtre. Il s'installa près de Ligugé et pendant environ dix ans, il vécut une vie austère, prêchant l'Evangile en Gaule.

Il attira des disciples. Plus de 80 hommes se rassemblèrent avec Martin pour former une communauté monastique primitive – plus de cent ans avant St Benoît et sa célèbre règle. La communauté de Ligugé survécut jusqu'à 1607 comme monastère ; elle fut reconstituée par les bénédictins de Solesmes en 1852.

A cause de sa solitude et de sa renommée comme prédicateur, Martin devint évêque de Tours en 371 par acclamation populaire. Ce n'était pas une charge qu'il cherchait ; cependant, il semblait que Dieu avait toujours d'autres plans pour Martin que les siens propres.

En voyage pour le Christ

L'évêque Martin continua de mener une vie austère près de Marmoutier, qui devint également par la suite un monastère célèbre. Il y forma des prêtres, dont beaucoup devinrent évêques à leur tour.

Il voyagea abondamment, couvrant d'incroyable distances à travers ce qui est aujoud'hui la France et l'Allemagne, cherchant volontairement des places fortes païennes pour y apporter l'Evangile.

Il voyagea loin de son diocèse, et les histoires qui accompagnent ses visites émanent des cités devenues ajourd'hui Trêves, Dijon, Beaune, et Vienne. Martin entrait dans les villages, détruisait les sites païens et construisait des églises. Ainsi, Martin fut l'un des précurseurs des paroisses catholiques.

Les miracles de Martin

Martin est connu pour avoir ressuscité trois personnes, dont le dernier était un enfant païen près de Chartres. Ce dernier miracle contribua à la conversion de maints païens. Une histoire presque aussi célèbre que celle du manteau raconte que Martin que regardait un jour un pin. Beaucoup de païens pratiquaient des cultes de vénération des arbres sacrés. Nullement intimidé, Martin commença à abattre le symbole de leur culte. Les paysans locaux lui offrirent de l'abattre eux-mêmes, à condition que lui qui croyait si fermement en Dieu restât dessous, là où ils le placeraient. Martin donna son accord et fut ligoté du côté où l'arbre penchait. On raconte que les frères moines qui l'accompagnaient étaient terrifiés. Au moment où l'arbre sembla tomber sur lui, il se signa et l'arbre tomba de l'autre côté. Les païens restèrent bouche bée devant le miracle, les moines pleuraient de joie, et beaucoup de païens demandèrent à devenir Chrétiens à cause de ce qu'ils avaient vu.

Beaucoup d'histoires représentent Martin aux prises avec le démon. Martin remportait ces batailles spirituelles en ayant recours à la prière et au signe de croix comme seules armes. Souvent, Martin était appelé à expulser des démons de personnes ou d'animaux. Martin réussissait par la grâce de Dieu, gardant à l'esprit Qui était vraiment l'Exorciste.

Une sainte mort

Martin voyageait encore beaucoup et œuvrait encore pour le Seigneur à 80 ans, même s'il sentait qu'il allait bientôt rejoindre la Communion des Saints.

Il voyagea en Touraine, à Candes sur Loire, pour régler une dispute entre un groupe de prélats. Se sentant faible, il demanda qu'on l'emmenât à l'église locale. Les fidèles voulaient allonger Martin sur un lit de paille ; Martin demanda un lit de cendres. Les moines plaidaient pour le mettre au moins sur un drap pour rendre ses dernières heures confortables. “Il ne sied pas à un Chrétien de mourir ailleurs que parmis les cendres”, dit Martin. “Je pècherais si je vous laissais un autre exemple”.

Il s'allongea, les mains et les bras tendus vers le Ciel, jusqu'à ce que les frères le supplient de se tourner de côté pour reposer un peu son corps.  “Permettez-moi, mes frères”, répondit-il, “de regarder vers le Ciel plutôt que vers la terre, pour que mon âme soit prête à s'envoler vers le Seigneur.” Martin mourut le samedi 8 novembre 397. Ses funérailles furent solennellement célébrées le 11 novembre, date qui a toujours été célébrée comme la saint Martin en Allemagne et en France (note de la rédaction : ce fut le jour choisi pour l'Armistice entre ces deux puissances, et célébré depuis comme le jour du souvenir en Grande-Bretagne et comme jour des vétérans aux Etats-Unis).

 

On raconte que deux mille moines et nonnes se réunirent pour ses funérailles, il y a 1617 ans.

L'extraordinaire dévotion à St Martin

Il y a des paroisses St-Martin-de-Tours à travers toute la France et l'Allemagne, jusqu'au Rhin, suivant les anciennes frontières du monde roamin. L'histoire de St Martin et de sa cape est connue dans ces régions, et est représentée dans les statues et fresques.

Chaque année, le 11 novembre, la fête de St Martin est solennellement célébrée en la basilique de Tours. Aujourd'hui, il y a des processions aux lanternes pour les enfants le soir du 11 novembre, à travers la France et l'Allemagne. (Note de la rédaction : bien que la plupart des Allemands et des Français d'aujourd'hui aient une idée très vague de qui Martin était, les traditions associées ce jour – apporter la lumière à la ténèbre – restent fortes).

Aujourd'hui, il y a 1573 églises en France portant son nom, 652 en Allemagne, 912 en Italie, 212 en Grande-Bretagne et 157 aux Etats-Unis.

Saint Martin de Tours, ora pro nobis !

Post-scriptum : le biographe de Martin.
Une grande partie de l'histoire ci-dessus vient de Sulpice-Sévère, ami et biographe de Martin. Sévère était un avocat qui abandonna une vie de luxe pour suivre son ami dans la foi. Il écrit l'histoire de la vie de Martin en 397, qui devint un “best seller” de l'ancien monde.

Références
Régine Pernoud, Martin of Tours, Ignatius Press
Sulpice Sévère, The Western Fathers: Being the Lives of SS. Martin of Tours, Ambrose, Augustine of Hippo, Honoratus of Arles, and Germanus of Auxerre, Sheed and Ward.

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