Les aventures d’une Tradi divorcée

Les aventures d’une Tradi divorcée

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by Donna Sue Berry

Que fait une femme catholique lorsqu’elle divorce après 30 ans de mariage ?

S’il y a un mot pour décrire le sentiment très fort d’être rejetée après trente ans de mariage, c’est le mot : seule.

Tout à coup, je me suis mise à vivre une vie que je ne reconnaissais pas. Je vivais dans un silence assourdissant, un silence d’exclusion.

J’ai perdu l’estime de moi-même. J’ai perdu confiance en moi. Je n’étais pas en sécurité, je n’étais pas « sauve ». Ma famille et mes amis n’arrivaient pas à composer avec ce nouveau moi qui était cassé. (Pour être honnête, je ne savais pas quoi faire de moi non plus).

Comme beaucoup de victimes de traumatisme, je me suis souvent demandée si un jour, je pourrais me sentir à nouveau « normale ».
Danse du ventre pour une « nouvelle normalité »

Ce n’est pas faute d’avoir essayé. J’étais déterminée à trouver une « nouvelle normalité ». À 48 ans, j’ai tout tenté pour me « recréer » : j’ai acheté par cargaisons entières des CD de musique des années 60 et 70. Ces musiques m’ont ramenée à une époque plus innocente, au temps où j’étais heureuse. J’ai même eu une période reggae – m’habillant rasta dans un festival (les photos ont été brûlées. Le sujet est clos).

Je me suis inscrite à l’université, mettant le pied dans un campus pour la première fois de ma vie. Je mourais de peur mais ça ne m’a pas gênée dans ma recherche de « recréation ». D’abord, je suis allée à un cours de danse du ventre où je me suis démolie la hanche. Puis à un cours de cuisine, à un cours de bowling et à un cours de gym. Je me suis fait couper les cheveux. Je les ai laissés pousser. J’ai perdu du poids. J’ai repris du poids.

Le soir, c’était devenu un rituel : je m’asseyais en pleurs sous la douche, inconsolable, du Michael Bolton à fond [crooner américain très apprécié par la gent féminine] pour dissimuler mes sanglots. Mes larmes de tristesse et de colère coulaient avec l’eau dans les canalisations.

D’abord, je suis allée à un cours de danse du ventre où je me suis démolie la hanche. Puis à un cours de cuisine, à un cours de bowling et à un cours de gym.

Exilée de la Messe en latin
J’ai cessé d’aller dans ma paroisse parce que c’était trop douloureux. Depuis bien des années, je suivais la Messe tridentine en latin et maintenant, je l’avais perdue elle aussi. J’imaginais que tout le monde me jugeait – et je ne me sentais pas assez « bien » pour m’asseoir parmi eux.

Mon éducation catholique m’a toujours poussée à aller à la messe. J’ai donc commencé à déambuler dans toutes les paroisses catholiques de notre grand diocèse. Je croyais que je pouvais sautiller d’un banc d’église à l’autre en passant inaperçue, en me concentrant sur le Christ – simplement, spirituellement, me jeter dans Ses bras.

Mais ça ne s’est pas passé comme ça. À ma grande stupéfaction, chaque église accomplissait les fondamentaux de la Nouvelle Messe – et bien davantage. Malgré leur rite, une chose restait constante : le niveau du bruit dépassait l’entendement. Avec une église remplie de gens qui vociféraient et braillaient jusqu’aux collatéraux, les quelques personnes agenouillées, tête baissée, dans une posture de prière, semblaient perdus dans cet océan d’insouciance. Comment pouvaient-ils se concentrer ? Cela me dépassait.

Chaque église semblait créée sur le modèle des grands rassemblements protestants que l’on peut voir à la télévision. La procession du prêtre se faisait au rythme des percussions et des voix d’un grand chœur qui chaloupait à sa tête. Quand la musique s’arrêtait, le prêtre lançait un « bonjour ! » tonitruant à l’assemblée qui lui répondait sur le même ton.

Dans beaucoup d’églises, ils demandaient aux nouveaux venus de se lever et de se présenter. J’ai battu en retraite. Je ne voulais rencontrer personne.
Avec une église remplie de gens qui vociféraient et braillaient jusqu’aux collatéraux, les quelques personnes agenouillées, la tête baissée, dans une posture de prière, semblaient perdus dans cet océan d’insouciance.

Grand désir de Jésus
Je désirais Jésus. Je désirais le silence et l’intimité de Son église, savoir qu’Il était là, sur l’autel. Je désirais l’intimité de nos cœurs battant à l’unisson. Je voulais sentir le souffle de Dieu dans le silence des allées.

Dans chaque direction, je me cognais à un mur – avec une baffle réglée à fond. Pendant des mois, je me suis servie de ce bruit pour garder ma douleur à distance. Je n’ai jamais laissé le silence s’installer dans mon appartement de divorcée ; j’étais toujours en quête, par réflexe, de musique de plus en plus entraînante.
La musique forte m’a aidée un certain temps. Je ne voulais pas que les chansons s’arrêtent parce que je savais qu’à ce moment-là, je devrais affronter cette souffrance dans un silence terrible.

Je désirais le silence et l’intimité de Son église, savoir qu’Il était là, sur l’autel. Je désirais l’intimité de nos cœurs battant à l’unisson. Je voulais sentir le souffle de Dieu dans le silence des allées.

Ce qui est arrivé quand la chanson s’est arrêtée

Mais les chansons ont toujours une fin et elles me laissaient exsangue.

Soudain, j’eus un grand besoin de calme et de solitude. Je voulais retourner à la Messe en latin. C’était difficile de me retrouver en face de ma famille, de mes amis, mais au moins c’était silencieux pendant l’office. J’ai toujours porté une mantille ; mon plan était de la tenir rabattue de façon à ne pas rencontrer le regard des autres.

J’ai ouvert craintivement les grandes portes en bois de ma paroisse. J’ai pu sentir les vibrations de la musique et l’odeur de l’encens d’une Messe précédente flotter autour de moi.

À ma grande surprise, je me suis sentie « normale ». Je n’étais plus seule. Je me suis rendue compte que tous les visages familiers ne me regardaient pas. Leurs yeux étaient fixés sur le Tabernacle.

Pendant le Sanctus, mon cœur a presque éclaté quand j’ai réalisé que je n’avais jamais été vraiment seule. La cour céleste des anges, l’Église triomphante et l’Église souffrante ont toujours été là, à portée de prière.

Alors, j’ai versé un torrent de larmes pendant le silence de la Consécration. Agenouillée, en adoration, j’ai levé les yeux vers l’Hostie, puis les ai refermés. Et j’ai senti le souffle de Dieu.

Je n’étais plus seule. Je me suis rendue compte que tous les visages familiers ne me regardaient pas. Leurs yeux étaient fixés sur le Tabernacle.

(Note de la rédaction : Sept ans après ce divorce traumatisant, Donna Sue a rencontré Joel Doc Berry, veuf, fervent catholique et propriétaire de ranch à la retraite. Le 2 octobre 2010, ils se sont mariés selon le rite nuptial latin à l’église Saint-Damien de la FSSP [Fraternité Sacerdotale Saint-Pierre], à Edmonds en Oklahoma. Vous pouvez lire leur histoire ici.)

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